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 Orphée Nègre 


Salut mon peuple Nègre; salut race endormie
Mais qui, enfin s'éveille;fière et désireuse de stupéfier le monde
La Danse, La Musique, La Poésie, La Sculpture,
L'art est Nègre. L'émotion est Nègre

Et Toi, Afrique ma mère au doux visage
D'ébène sculpté, dans tes yeux grandes-lunes,
J'ai lu de glorieux messages....
Voici le moment d'enlacer de nos bras fraternels
L'Univers des aboiements de nos tambours furieux

Et Toi, Europe, toute de fer et de béton armé
Nous n'apportons sur un plateau d'airain
La Délivrance Nègre...
Les Pyramides, Le Sphinx, L'Obélisque de Louxor
Ne sont ils pas les prestigieux témoins
De nos splendeurs passées?

Daniel BOUKMAN  

rimonté anwo

 Laghia de nos mots 


Esclavage
 
Pour travailler le sol conquis, venaient d'Afrique
Parqués sur les ponts noirs des négriers affreux
Des esclaves captés par le chef tyrannique
Dans la brousse insondable, au bord des fleuves bleus

A la place Bertin, en ces jours malheureux
Se tenaient un marché sombre de chair humaine
Et les colons venus du morne ou de la plaine,
Achetaient à vil prix le bétail douloureux

Quelquefois un vieil air plaintif, plein de tristesse
S'élevait du cœur lourd d'une jeune négresse
Et les nègres pleuraient le rivage perdu

Au soleil du Pays, ils revoyaient leurs terres
Et songeaient, tout à coup, qu'ils avaient entendu
Pour la dernière fois, les plaintes de leurs mères

Daniel THALY   

rimontéanwo  

 Hommage à nos frères d'Afrique 


Des soirs quand ma pensée ouvre grande son aile
Et prend à l'horizon un essor incertain,
J'ai souvent tressailli de pitié fraternelle
En songeant aux damnés de l'enfer africain

Deux à deux, à pas lents, sous leurs charges d'ivoire
Vers les cales des bateaux négriers ils s'en vont silencieux.
Le sang de tons vermeils marque l'épaule noire,
Et le sable brûlant met des pleurs dans leurs yeux

Quelques fois, espérant tromper leur agonie,
Ils exhalent en chœur un étrange concert,
Qui monte, avec l'accent d'une angoisse infinie,
Au milieu du silence effrayant du désert

Un jour nous reviendrons tous au Pays des ancêtres,
Puis à ceux de là-bas  nous parlerons ainsi
"Vos cris désespérés, en dépit de vos maîtres,
ont retenti vers nous: ô frères, nous voici"

Et nous leur dirons: "déposons ce fardeau de haines imbéciles,
qu'attisent l'ignorance et la cupidité;
Faisons trêve éternelle à ces guerres civiles
Dont nos anciens diraient ce qu'elles nous ont coûté"


Bien à tous
BOUBA

rimonté anwo

 Laghia: mot mêlés 


Combien se sont couchés sous ces rideaux de flammes
Loin des nappes d'eau vive et des arbres ombreux                
C' étaient pourtant des âmes
Mais les Dieux , oublieux , sont morts aussi pour eux

Ils partaient pour l'inconnu, comme on part pour l'enfer
Arrachés par un négrier à leurs villages et leurs terres
Ils allaient ,extenués, vers leur destin d'hommes
Sans entendre, sans voir, ils allaient tels des fantômes

Et quand je reviendrai le cœur plein de passion
J'irai par les chemins où sont passés mes pères
A Gorée, m'arrêtant, m'enivrant d' émotions
Je songerai à vous et ,heureux ,me sentirai si fier

Nègres, la douleur nous a créés et nous a façonnés
Amants de l'aventure, pensons à l'Afrique oubliée
Qui sous l'œil des grands dieux noirs
A fait de nous des gloires

Laghia , Laghia !!!

Bien à tous
 
BOUBA

Le poème est un oiseau rare
embusqué derrière des mots
frottés de ténèbres.
Un poème aux mille
saignements d'étoiles
(Claude Pierre)

rimonté anwo

L'un des plus tendres poèmes écrits sur le thème


Nous fumes pris sur les bords houleux du Sénégal
Où la brousse a bercé notre lumineuse enfance
Parmi des négrillons aux yeux pleins de souffrances
Nous nous vîmes emportés loin du Pays Natal

Nous plantions le maïs, le café et les cannes
Puis menions les troupeaux vers la paix des Savanes
Et le soir, nous chantions au pieds des filaos plaintifs

J'avais couvert d'une peau de bouc une barrique
Et mon tam-tam rappelait à nos frères captifs
Les nuits, les grandes nuits ardentes de l'Afrique

(...?...)

Bien à tous
BOUBA

PS: il y aussi le magnifique passage des Chroniques des 7 misères que je vous invite à lire absolument:

Les 18 paroles d'Afoukal (p151-168)

rimonté anwo

Le loup et le chien /libèté chéri


Un loup n'avait que les os et la peau,
Tant les chiens faisaient bonne garde.
Ce loup rencontre un dogue aussi puissant que beau,
Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde.
L'attaquer, le mettre en quartiers,
Sire loup l'eût fait volontiers.
Mais il fallait livrer bataille;
Et le mâtin était de taille
A se défendre hardiment.
Le loup donc l'aborde humblement,
Entre en propos, et lui fait compliment
Sur son embonpoint qu'il admire.
"Il ne tiendra, beau sire,
D'être aussi gras que moi, lui repartit le chien.
Quittez les bois, vous ferez bien:
Vos pareils y sont misérables,
Cancres, hères et pauvres diables,
Dont la condition est de mourir de faim.
Car quoi? Rien d'assuré; point de franche lippée:
Tout à la pointe de l'épée.
Suivez-moi: vous aurez un bien meilleur destin".
Le loup reprit: " Que me faudra-t-il faire?
- Presque rien, dit le chien, donner la chasse aux gens
Portant bâtons et mendiants;
Flatter ceux du logis, à son maître complaire;
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons:
Os de poulets, os de pigeons;
Sans parler de mainte caresse."
Le loup déjà se forge une félicité
Qui le fait pleurer de tendresse.
Chemin faisant il vit le col du chien pelé.
"Qu'est-ce là? lui dit-il. _ Rien. _ Quoi rien?_ Peu de chose.
_ Mais encor? _ Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
_ Attaché? dit le loup; vous ne courez donc pas
Où vous voulez? _ Pas toujours, mais qu'importe?
_ Il m'importe si bien que tous vos repas
Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor."
Cela dit, maître loup s'enfuit, et court encor.

             [Fable de Jean de la Fontaine, 1668]

rimonté anwo

 "Élégie pour Martin Luther King"

[dans Elégie majeur de Léopold Sédar Senghor, 1979]

 

Cependant que s'évaporait comme l'encensoir le cœur du pasteur
Et que son âme s'envolait, colombe diaphane qui monte
Voilà que j'entendis, derrière mon oreille gauche, le battement lent du
tam-tam.
La voix me dit, et son souffle rasait ma joue:
"Écris et prends ta plume, fils du Lion." Et je vis une vision.
Or c'était en belle saison, sur les montagnes du Sud comme du Fouta-Djallon
Dans la douceur des tamariniers. Et sur un tertre
Siègant l'Être qui est Force, rayonnant comme un diamant noir.
Sa barbe déroulait la splendeur des comètes; et à ses pieds
Sous les ombrages bleus, des ruisseaux de miel blanc de frais parfum de
paix.
Alors je reconnus, autour de sa Justice sa Bonté,
confondus les élus et les Noirs et les Blancs
Tous ceux pour qui Martin Luther avait prié.
Confonds-les donc, Seigneur, sous tes yeux sous ta barbe blanche:
Les bourgeois et les paysans paisibles, coupeurs de canne cueilleurs de
coton
Et les ouvriers aux mains fiévreuses, et ils font surgir les
 usines, et le soir ils sont soûlés d'amertume amère.
Les blancs et les Noirs, tous les fils de la même terre mère
Et ils chantaient à plusieurs voix, ils chantaient Hosanna! Alléluia!
Comme au Royaume d'Enfance autrefois, quand je rêvais.
Or ils chantaient l'innocence du monde, et ils dansaient
la floraison
Dansaient les forces, qui rythmaient la
Forces de forces: la Justice accordée, qui est Beauté Bonté
Et leurs battements de pieds syncopés étaient comme une symphonie en noir et
blanc
Qui pressaient les fleurs écrasaient les grappes, pour les noces des âmes:
Du fils unique avec les, myriades d'étoiles.
Je vis donc_ car je vis_ George Washington et Phillis Wheatley, bouche de
bronze bleue qui annonça
la liberté_ son chant l'a consumée_
Et Benjamin Franklin, et le marquis de la Fayette sous son panache de
cristal
Abraham Lincoln qui donna son sang, ainsi qu'une
boisson de vie à l'Amérique
Je vis Booker T. Washington le Patient, et William
A.B.Dubois l'Indomptable qui s'en alla planter sa
tombe en Nigritie
J'entendis la voix blues de Langston Hughes, jeune
comme la trompette d'Armstrong.
Me retournant je vis
Près de moi John F. Kennedy, plus beau que le rêve
d'un peuple, et son frère Robert, une armure fine
d'acier.
Et je vis_ que je chante!_ tous les Bons,
que le destin dans son cyclone avait couchés
Et ils furent debout par la voix du poète, tels de grands
arbres élancés
Qui jalonnent la voie, et au milieu d'eux Martin Luther King
Je chante Malcom X, l'ange rouge de notre nuit
Par les yeux D'Angéla chante George Jackson, fulgurant
comme l'Amour sans ailes ni flèches
Non sans tourment, je chante avec mon frère
La Négritude debout, une main blanche dans sa main
vivante
Je chante L'Amérique transparente, où la lumière est polyphonie de couleurs
Je chante un paradis de paix.

rimonté anwo

 On Tue


On tue
d'un bout de la terre à l'autre,
On tue.

On tue sur la mer,
la nuit on peut voir
Dans l'énorme et indifférente solitude
de l'eau
Les cadavres
Qui ont encore leurs dernières larmes
A leurs faces de linge
Tournées vers le ciel noir.
On tue aux courbes fleuries des fleuves,
On tue aux flancs chauds des montagnes
On tue dans les villes où le tocsin qui sonne
Crie la douleur des dômes saignants
Et des cathédrales éclatées.
Là, depuis des siècles, des siècles on a travaillé,
Mais la terre est soudain devenue
Une éponge monstrueuse
Buvant la longue patience des hommes.
Partout la peur, la nuit, la mort.
Pourtant, le soleil est là.
Je l'ai vu ce matin
Jeune, fort, exigeant.
Il ruisselait sur les toits
Il mordait au cœur les arbres
Il empoignait la ville aux épaules
Et réclamait de la terre son réveil.
Il est là,
Il est au fond de toutes choses
 Et, devant ce monde qui s'entrouvre, s'affaisse et se replie
Il y a la mystérieuse et latente énergie
Qui refuse les ténèbres
 Et ne veut pas qu'on tue la vie.

(extrait de 19 poèmes de déportés, 1978)

ARIETTE HUMBERT-LAROCHE
Déponée morte à 26 ans, en 1943, à Bergen-Belsen.
rimonté anwo

 Un Monde Uni


«Etre pacifiste, c'est ne prêter qu'une oreille méfiante à
ceux qui recommandent aujourd'hui le massacre, sous pré-
texte qu'il en préviendra un plus copieux demain; c'est, sans
méconnaître les droits de l'avenir, donner la priorité à la vie
des vivants; c'est vouloir la paix, même si elle n'a pas tout à
fait la couleur qu'on préfère; c'est lui rendre grâce, alors
même que toutes nos passions n'y trouvent pas leur compte;
c'est admettre que l'intérêt de la paix puisse ne pas coïncider
avec celui de notre patrie ou de notre idéologie; c'est oublier
cette ignoble vérité que le sang sèche vite; c'est garder
toujours présent à l'esprit l'inépuisable contenu négatif du
mot «paix», tout ce qu'il comporte en lui de non-souf-
france, de non-détresse, de non-misère, de non-désespoir,
de non-désolation; c'est voir obstinément en toute guerre la
gigantesque erreur judiciaire qui fait la somme des peines
capitales infligées à tant d'innocents; c'est ne pas consentir
aux grossières simplifications et falsifications que diffusent
les propagandes pour entretenir la haine; c'est refuser
d'égrener le chapelet des slogans de commande et des calom-
nies de consigne; c'est ne pas clamer qu'on veut la paix
quand on fait le jeu des fanatismes qui la rendent impos-
sible; c'est dénoncer sans relâche l'atrocité, l'ignominie de la
guerre, se garder d'imputer à l'un des belligérants les
atrocités hors série; c'est s'interdire de dénoncer d'un côté
ce qui se fait ou se ferait aussi bien du côté adverse; c'est
condamner, dans tous les temps, les jusqu'au boutismes et
les intransigeances; c'est s'affliger quand, pour quelque
cause que ce soit, on voit un fusil dans les mains d'un
enfant; c'est être obsédé par les fantômes de tous ceux qui
sont morts, pour rien; c est préférer que les réconciliations
devancent les charniers; c'est n'être jamais sûr d'avoir tout à
fait raison quand on souscrit à la mort des autres.
Un monde uni ne pourra être bâti que par des hommes et
des femmes ayant au cœur ce pacifisme-là.»

JEAN ROSTAND
(1894-1977)


(Allocution de Jean Rostand,
en novembre 1968, lors de la première réunion
publique des Citoyens du Monde à la Mutualité.)
Quelques discours)

rimonté anwo

Cahier d'un retour au pays natal


« et pour ce, Seigneur aux dents blanches, les
hommes au cou frêle
reçois et perçois fatal calme triangulaire
et à moi mes danses
mes danses de mauvais nègre
à moi mes danses
la danse brise-carcan
la danse saute-prison
la danse il-est-beau-et-bon-et-légitime-d'être-nègre
A moi mes danses et saute le soleil sur la raquette
de mes mains
mais non l'inégal soleil ne me suffit plus
enroule-toi, vent, autour de ma nouvelle croissance
pose-toi sur mes doigts mesurés
je te livre ma conscience et son rythme de chair
je te livre les feux où brasille ma faiblesse
je te livre le chain-Gang
je te livre le marais
je te livre l'intourist du circuit triangulaire
dévore vent
je te livre mes paroles abruptes
dévore et enroule-toi
et t'enroulant embrasse-moi d'un plus vaste frisson
embrasse-moi jusqu'au nous furieux
embrasse, embrasse NOUS
mais nous ayant également mordus
jusqu'au sang de notre sang mordus
embrasse, ma pureté ne se lie qu'à ta
pureté
mais alors embrasse
comme un champ de justes flinos
le soir
nos multicolores puretés
et lie, lie-moi sans remords
lie-moi de tes vastes bras à l'argile lumineuse
du monde
lie, lie-moi fraternité âpre
puis, m'étranglant de ton lasso d'étoiles
monte, Colombe
monte
monte
monte
le te suis, imprimée en mon ancestrale
cornée blanche
monte lécheur de ciel
et le grand trou noir où je voulais me noyer
l'autre lune
c'est là que je veux pêcher maintenant la langue
maléfique
de la nuit en son immobile verrition !"


Aimé Césaire, "Cahier d'un retour au pays natal, pp.94-96)

rimonté anwo

La Marseillaise de la Paix


Et Pourquoi nous haïr, et mettre entre les races
Ces bornes ou ces eaux qu'abhorre l'œil de Dieu?
De frontières au ciel voyons nous quelques traces?
Sa voûte a -t-elle un mur, une borne, un milieu?
Nations, mot pompeux pour dire barbarie,
L'amour s'arrête-t-il où s'arrête vos pas?
Déchirez ces drapeaux; une autre voix vous crie
"L'égoïsme et la haine ont seuls une patrie;
La fraternité n'en a pas".

                     (extrait)
[Oeuvres complètes d'Alphonse de Lamartine, 1843]


 
rimonté anwo

Langage


Jean-Paul  Sartre, dans son Introduction à l'Anthologie
de la poésie nègre et malgache, nous dit que le poète
noir se retournera contre la langue française, mais cela
est faux quant aux poètes antillais. Nous sommes en cela
d'ailleurs de l'avis de M. Michel Leiris, qui, il y a peu de
temps, pouvait écrire à propos du créole
Actuellement encore, langue populaire que tous con-
naissent plus ou moins, mais que les seuls illettrés par-
lent à l'exclusion du français, le créole paraît d'ores et
déjà promis à passer tôt ou tard au rang de survivance
quand l'instruction (si lents soient ses progrès, entravés
par le nombre partout trop restreint des établissements
scolaires, la pénurie en matière de lecture publique et le
niveau souvent trop bas de la vie matérielle) se sera dif-
fusée assez généralement dans les couches déshéritées
de la population. » - Et, ajoute l'auteur, « pour les poètes
dont je parle ici, il ne s'agit nullement de se faire « Antil-
lais » - sur le plan du pittoresque de félibrige - en
usant d'un langage d'emprunt et, qui plus est, dénué de
rayonnement extérieur quelles que puissent être ses qua-
lités intrinsèques, mais d'affirmer, face à des Blancs
imbus des pires préjugés raciaux et dont l'orgueil de
plus en plus clairement s'avère injustifié, l'intégrité de
leur personne
S'il existe un Gilbert Gratiant pour écrire en patois, il
faut avouer que la chose est rare. Ajoutons d'ailleurs que
la valeur poétique de ces créations est fort douteuse. Au
contraire, il y a de véritables ouvrages traduits du ouolof
ou du peuhl et nous suivons avec beaucoup d'intérêt les
études de linguistique de Cheik Anta Diop.
Aux Antilles, rien de pareil. La langue officiellement
parlée est le français; les instituteurs surveillent étroite-
ment les enfants pour que le créole ne soit pas utilisé.
Nous passons sous silence les raisons invoquées. Donc,
apparemment, le problème pourrait être le suivant aux
Antilles comme en Bretagne, il y a un dialecte et il y a
la langue française. Mais c'est faux, car les Bretons ne

s'estiment pas inférieurs aux Français. Les Bretons n'ont
pas été civilisés par le Blanc.

Temps modernes Février 1950, "Martinique-Guadeloupe-Haïti" p.1347

Peau noire , masque blanc,  Frantz Fanon,  Ed Point

rimonté anwo

Afrique

« Afrique j'ai gardé ta mémoire Afrique
tu es en moi -
Comme l'écharde dans la blessure
comme un fétiche tutélaire au centre du village
fais de moi la pierre de ta fronde
de ma bouche les lèvres de ta plaie
mes genoux les colonnes brisées de ton abaisse-
ment

POURTANT
je ne veux être que de votre race
ouvriers paysans de tous les pays...
ouvrier blanc de Detroit péon noir d'Alabama
peuple innombrable des galères capitalistes
le destin nous dresse épaule contre épaule
et reniant l'antique maléfice des tabous du sang
nous foulons les décombres de nos solitudes
Si le torrent est frontière
nous arracherons au ravin sa chevelure
intarissable
Si la Sierra est frontière
nous briserons la mâchoire des volcans,,
affirmant les Cordillères
et la plaine sera l'esplanade d'aurore
où rassembler nos forces écartelées
par la ruse de nos maîtres
Comme la contradiction des traits
se résout en l'harmonie du visage
nous proclamons l'unité de la souffrance
et de la révolte
de tous les peuples sur toute la surface de la terre
et nous brassons le mortier des temps fraternels
dans la poussière des idoles ."

 

Jacques Roumain, Bois d'Ébène, Prélude

rimonté anwo

 Le poème d'Aimé Césaire


1848-1998
Cent cinquantenaire des Révoltes d'Esclaves

L'Afrique Saigne, ma Mère...
L'Afrique s'ouvre fracassée à une rigole de vermines, à l'envahissement
stérile des spermatozoïdes du viol.

Ca y est ! ils ont reniflé la viande du Nègre...
Ils l'ont déchiré en lambeaux, en lambeaux, comme un cochon sauvage ! comme
un agouti !
Qui a fait cela ?
Vous me demandez qui a fait cela ?
Eux, eux les chiens, eux les hommes aux babines saignantes, aux yeux
d'acier, aux crocs aigus...
Voici la nuit et la misère, la grande mer de misère, la grande mer de sang
noir, la grande houle de cannes à sucre et de dividendes, le grand océan
d'horreur et de désolation...
Le sadisme du maître et le râle de l'esclave par force de coprophage
parachèvent en traits de vomi le happement du squale et le rampement du
scolopendre.

C'est fini ! tout est fini ! Inutile de réclamer !
L'action de la justice est éteinte.
Mais la lueur de leurs yeux ne s'éteint jamais !

     ASSASSINS !
     ASSASSINS !
     ASSASSINS !

On a beau peindre blanc le pied de l'arbre,
la force de l'écorce en dessous crie.
Ressentiment ? rancune ? Non !
Haïr, c'est encore dépendre.
Qu'est-ce que la haine sinon la bonne pièce de bois attachée au cou de
l'esclave et qui l'empêtre, ou l'énorme aboiement du chien qui vous prend la
gorge ?

Moi, j'ai une fois pour toutes refusé d'être esclave.
Architecte aux yeux bleus, je te défie !

  jea@nine

 

rimonté anwo"À mes sœurs"


Négresse d'Afrique
Négresse Caraïbe
Négresse d'Amérique

Nous sommes de toutes les teintes
souvent issues de lourdes peines.
mais notre âme a survécu

Moi votre sœur
j'ai pu m'échapper
l'Afrique m'a gardée

Mes sœurs.
Ils vous ont volées... violées...
J'ai appris qu'ils vous ont séparées
tu es restée aux Caraïbes
Ils l'ont traînée en Amérique

Quand nos enfants se croiseront.
Faites âme... qu'ils se reconnaissent et se souviennent qui ils sont.

Négresse d'Afrique
Négresse Caraïbe
Négresse d'Amérique

Cultivons ce qui nous unit
De cet océan de tragédies
Repêchons nos frères et maris
Reformons ce triangle familial qu'ils ont détruit
Rejetons ce commerce triangulaire qui nous a nuit.

Françoise(Québec, novembre 2000)
poème envoyé par Françoise .L pour anniversaire Potimitan et ouverture Mawonnaj

rimonté anwo

"Son jé lèsklavaj"

Lè nou té pitit timoun
nou té antann palé lèsklavaj
nou té antann palé sé zansèt an ou
lè yo té pati pou an denyé voyaj
lè yo ka soté dan dlo a pou gannyé libèté
lè yo ka kasé chenn ankò é ankò
pa janm fatidjé pou chèché chapé.

Pa blyé konté tou sé zistwa -la
ba yich nou pou yo pé konprann
ki lesklavaj té egzisté èk pòkò fini menm!
Nou ni an lo zansèt ki nou pé janm konnèt
Lesklavaj -la ka volé fanmi nou
pou létènité.

Miryèl .K (Guyane , Novembre 2000)
poème envoyé par Miryèl .K pour anniversaire Potimitan et ouverture Mawonnaj


rimonté anwo


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